Mot du fr. Thierry-Marie Courau

à la messe du 22 décembre 2006

Maurice, je voudrai simplement te dire merci au nom des frères et au nom de tous tes amis de l’Arche de Noé pour toute la vie que tu nous as transmise. Tu étais à toi tout seul une Arche de Noé d’où sont sortis tant de bienfaits pour notre monde. Tu nous as transmis tes talents. Tu nous as transmis tes intuitions spirituelles aussi diverses que profondes. Tu nous as transmis le bonheur de rencontrer sans a priori la Parole de Dieu et celle des hommes. Tu nous as transmis ton expérience de la fidélité de Dieu dans nos infidélités et dans nos angoisses. Tu étais un transmetteur joyeux et tonique, serein et angoissé.
Kergallic est comme l’inscription dans la pierre de ta présence parmi nous. Tout comme tes peintures, tes chants, tes textes. Tous parlent et parleront encore longtemps. Aussi rien ne vaut que de t’entendre. Le passage que je vais lire provient de l’Inde spirituelle, que tu as publiée il y a trente ans. Il parle de cette terre qui t’a tant touché. Il est aussi comme un résumé de toute la tension qui a marqué ta vie jusqu’aux dernières heures, à Marie-Thérèse.

C’est le prologue de ton dernier chapitre intitulé : « adieu au pays que l’on ne quitte jamais » ! et il est décoré d’une vache sacrée dansante, à l’image de la révérence que tu nous as tirée lundi.

« Je me retrouve à Delhi, dans une petite chambre froide. L’hiver indien est venu. Je vis les derniers instants d’un séjour étrange. Comblé, écrasé, je sens une intense contradiction : je laisse ici un gros morceau de mon cœur et j’ai pourtant un invincible désir de fuir. L’Inde m’a provoqué. Passé les remous de la sensibilité, de l’enchantement et de la répulsion, elle m’a mis en demeure d’aller au-delà du voile, d’entrer dans une autre considération de l’aventure intérieure. Derrière le rideau des nerfs épuisés, se manifeste un tissu de sérénité nouvelle. »

fr. Thierry-Marie Courau, o.p.